
M. Filyayev — (Grand-doctorant en psychologie), auteur de la méthode PSY.2.0. (Moscou)
Résumé : Cet article présente des données historiques et les noms des auteurs qui ont développé le concept psychosomatique, à commencer par Hippocrate. Il permet de retracer les étapes de l’évolution de la compréhension de l’unité et de l’interdépendance entre le psychisme et le soma.
Mots-clés : psychosomatique, somatopsyché, psychosomatoses.
L’évolution historique de la médecine psychosomatique et son influence sur la science et la politique de santé soulignent la difficulté de formuler une définition unifiée de son essence et de son champ d’application au sein de l’ensemble des disciplines médicales. Néanmoins, les tâches centrales de la médecine psychosomatique restent le diagnostic et le traitement des maladies somatiques et des troubles psychiques, qui vont souvent de pair à différents niveaux du système de soins de santé. La médecine psychosomatique propose une perspective médicale qui examine et corrige de manière systématique les facteurs biologiques, psychologiques et sociaux influençant le développement et la progression des maladies physiques et des syndromes fonctionnels de l’organisme (Hoffmann et al., 2009). L’image thérapeutique de soi en médecine psychosomatique met l’accent sur une approche centrée sur le patient, ce qui permet de mieux comprendre les expériences individuelles du patient et leur influence sur la santé.[1]
La perspective psychosomatique repose en grande partie sur le modèle biopsychosocial de la maladie proposé par Engel en 1977. Ce modèle, fondé sur de nombreuses données scientifiques et ayant fait l’objet de développements ultérieurs, est apparu en réaction aux critiques des modèles biomécaniques (« médecine des corps sans âme ») et biosémiotiques (« médecine des âmes sans corps »). Elle s’est développée en un système multidimensionnel mettant en évidence les interactions complexes entre les dimensions individuelles (biopsychosociales). Le modèle biopsychosocial des maladies décrit les maladies comme le résultat d’interactions complexes entre l’organisme et l’environnement, où la socialisation et la biographie de l’individu jouent un rôle déterminant. Ainsi, l’essence de la psychosomatique réside dans cette perspective supplémentaire, qui permet de mieux comprendre l’interaction entre le psychisme et le corps, ainsi que leur influence sur l’état de santé général de l’individu.
Sur la base des découvertes neurobiologiques et psychobiologiques en médecine, une compréhension intégrative des maladies psychosomatiques s’est développée. La pathophysiologie de ces maladies est complexe et multiforme. Selon les recherches actuelles, les symptômes physiques peuvent s’expliquer par des niveaux supérieurs de perception, de régulation et de processus d’empreinte du système nerveux central.
Le niveau de perturbation réside dans l’interaction entre le système nerveux central et les organes périphériques, qui est régie par des interactions neuroendocriniennes, immunologiques et autonomes, sur lesquelles l’expérience psychologique exerce une influence considérable (Egloff, N. et al., 2018).
Dans le monde actuel, la psychosomatique occupe une place centrale dans la pratique clinique. Les médecins et les psychologues prennent de plus en plus conscience que de nombreuses maladies chroniques, telles que l’asthme, l’hypertension, l’ulcère gastroduodénal et même le cancer, peuvent être liées à des facteurs émotionnels et psychologiques. Cette prise de conscience a conduit à l’élaboration d’approches thérapeutiques intégrées, qui tiennent compte à la fois des aspects physiques et psychiques de la santé.
Ces dernières années, le terme « somatopsyché » est devenu un élément important de la psychosomatique, ce qui s’explique par l’adoption croissante d’approches psychosomatiques dans les disciplines somatiques, telles que la médecine interne et la chirurgie. Cela concerne les méthodes de traitement et de soutien des patients souffrant de maladies physiques, dans leur lutte contre la maladie et les conséquences psychologiques qui y sont associées. En conséquence, les aspects psychosomatiques sont de plus en plus souvent pris en compte dans les recommandations thérapeutiques pour les maladies somatiques, telles que l’insuffisance cardiaque, la cardiopathie ischémique et le diabète sucré. De ce fait, diverses spécialités ont vu le jour en psychosomatique, telles que la psychocardiologie, la psychodiabétologie, la psycho-oncologie, la psychodermatologie et bien d’autres.
L’un des aspects clés de la prévention des maladies chroniques dégénératives consiste à maintenir un « équilibre entre le stress physique et psychique ». Cet équilibre est atteint grâce à l’exercice physique, à la relaxation et à diverses méthodes de gestion du stress. Ces approches peuvent être mises en œuvre aussi bien dans le cadre d’activités de bien-être individuelles que dans le contexte d’un travail de groupe encadré par des professionnels, y compris le conseil aux patients. [2]
Des études cliniques montrent que les thérapies visant à traiter les problèmes émotionnels peuvent améliorer considérablement l’état des patients souffrant de troubles psychosomatiques. Des méthodes telles que la thérapie cognitivo-comportementale, l’art-thérapie et la méditation sont de plus en plus utilisées dans la pratique clinique.
L’avenir de la psychosomatique s’annonce passionnant. Les technologies modernes, telles que la neuroimagerie et la recherche génétique, ouvrent de nouveaux horizons pour la compréhension des liens entre le psychisme et le corps. Les recherches en neurobiologie confirment que les émotions peuvent provoquer des changements physiologiques, ce qui souligne l’importance de l’approche psychosomatique.
De plus, on observe ces dernières années un intérêt croissant pour l’étude du rôle du stress et du bien-être émotionnel dans le développement des maladies. Les troubles psychosomatiques deviennent un thème important pour la recherche interdisciplinaire, réunissant la médecine, la psychologie et la sociologie (Fava, G. A., Cosci, F. & Sonino, N. (2017). Current psychosomatic practice. In: Psychotherapy and Psychosomatics, 1(86), p. 13−30).
Ainsi, la psychosomatique n’est pas seulement un domaine de la médecine, mais aussi une philosophie qui nous aide à prendre conscience que la santé est l’harmonie entre le corps et l’esprit. La poursuite des recherches dans ce domaine est cruciale pour le développement de traitements plus efficaces, tenant compte à la fois des aspects physiques et psychiques de la santé. En fin de compte, une compréhension approfondie de la psychosomatique peut conduire à une prise de conscience plus complète de la nature humaine et contribuer à l’amélioration de la qualité de vie.
Les racines de la psychosomatique remontent à la nuit des temps, où la médecine antique comprenait déjà l’interdépendance entre le corps et l’esprit. Hippocrate, connu comme le père de la médecine, soulignait que les émotions peuvent influencer l’état physique d’une personne. Ses principes sont devenus fondateurs de la médecine psychosomatique, mettant l’accent sur l’importance de la compréhension mutuelle entre le médecin et le patient, ainsi que sur le rôle de l’environnement et des facteurs adaptatifs dans la santé et la maladie.
Dans le cadre des connaissances scientifiques de leur époque, Hippocrate et ses disciples ont élaboré la théorie des quatre humeurs, qui constituait le premier système scientifique unifié. Cette théorie, bien que primitive selon les critères actuels, peut être considérée comme une approche précoce du concept de santé, envisagée comme une homéostasie ou une harmonie naturelle, et de la maladie comme un déséquilibre provoqué par un excès ou un manque de l’un des humeurs. Elle postulait l’unité du corps et de l’esprit et, dans un certain sens, anticipait la théorie systémique générale, en soulignant l’interaction entre les quatre éléments fondamentaux de l’univers (la terre, l’air, le feu et l’eau), les quatre humeurs (la bile jaune, la bile noire, le sang et le flegme), qui régissent l’état de santé, et les principaux types de caractère déterminés par ces humeurs (John J. Schwab. Psychosomatic Medicine: Its Past And Present. https://doi.org/10.1016/S0033-3182(85)72821-6 ; Christodoulou, N. (2019). Psychosomatic Medicine in Ancient Greece: An Overview. In: Leigh, H. (eds) Global Psychosomatic Medicine and Consultation-Liaison Psychiatry. Springer, Cham. https://doi.org/10.1007/978-3-030-12584-4_2).
Au Moyen Âge, le lien entre le corps et l’esprit a été quelque peu oublié, mais avec l’avènement de la Renaissance, il a retrouvé toute son importance. Dans ce contexte, il convient de mentionner la contribution du philosophe du XVIIe siècle René Descartes, qui, dans son ouvrage de 1637, a avancé des idées qui ont servi de base à des discussions ultérieures sur le problème « corps-esprit ». Bien que sa conception de la séparation entre l’esprit (res cogitans) et le corps (res extensa) ait été critiquée pour avoir créé des obstacles à une approche psychosomatique intégrée (Damasio AR. Descartes Error: Emotion, Reason and the Human Brain. New York, NY: Avon; 1994; Brown TM. Cartesian dualism and psychosomatics. Psychosomatics 1989;30:322–331), elle a également suscité une polémique animée, contribuant à l’évolution des recherches dans ce domaine. La conception cartésienne de la glande pinéale comme éventuelle « station de commutation » pour le contrôle des processus de l’organisme humain a ouvert la voie à une vision plus intégrée des relations entre l’esprit et le corps.
Les origines de l’étude des associations entre l’esprit et le corps remontent à des figures éminentes du XVIIe siècle, parmi lesquelles on peut citer le philosophe, mathématicien et psychologue juif portugais Baruch Spinoza (1632-1677), ainsi que les médecins anglais William Harvey (1578-1657) et Thomas Sydenham (1624-1689). Spinoza a largement contribué à réfuter les séparations extrêmes entre l’esprit et le corps proposées par Descartes. Il affirmait que l’esprit et le corps sont identiques et indissociables, et que les événements survenant dans l’un de ces aspects se reflètent dans ceux de l’autre. Il a appelé ce concept le parallélisme psychophysiologique, qui fait écho aux visions holistiques partagées par de nombreux penseurs contemporains. [2]
En 1649, William Harvey, discutant de l’influence des émotions sur le corps, remarqua : « À presque chaque affection, appétit, espoir ou crainte, notre corps souffre, le visage change, et le sang coule tantôt ici, tantôt là. » Il décrivait comment la colère rend les yeux « ardents » avec des pupilles rétrécies, comment la modestie « inonde » les joues de rougeur, comment la peur conduit à la pâleur du visage et à la rougeur des oreilles, et comment la luxure provoque une érection. Ces observations de Harvey sur la « force du sang » et ses conséquences peuvent être considérées comme les précurseurs des recherches modernes sur les émotions et les maladies cardiovasculaires.
Thomas Sydenham, que certains surnomment « l’Hippocrate anglais », fut le premier, en 1682, à reconnaître et à décrire l’hystérie en des termes qui restent d’actualité aujourd’hui. Ses « observations minutieuses » ont permis de comprendre les relations complexes entre l’esprit et le corps, et il affirmait que l’hystérie était un état observé chez un tiers de tous les patients, constituant « la maladie chronique la plus répandue », provoquée par « une agitation intense de l’esprit », capable d’imiter pratiquement toutes les maladies organiques connues. Dans le contexte actuel, on peut dire que Seidenham avait conscience du fardeau qui pèse sur les épaules des médecins praticiens en raison de la somatisation des patients. Ainsi, la contribution de ces penseurs éminents à la compréhension de l’interaction entre l’esprit et le corps a été fondamentale pour les recherches ultérieures dans le domaine de la psychosomatique, soulignant la nécessité d’une approche intégrative en médecine.
La première utilisation du terme « psychosomatique » est associée au nom de Johann Christian August Heinroth, qui, dans son manuel sur les troubles psychiques (Heinroth JCA, 1818), soulignait l’importance des affects et des passions d’une personnalité prédisposée, dans le contexte de situations de vie concrètes, pour le développement et la progression des dysfonctionnements physiques et des maladies. Il s’inscrivait ainsi dans une tradition séculaire, reflétée dans diverses théories philosophiques et médicales du tempérament.
Ces idées ont trouvé leur prolongement dans les travaux de Carl Gustav Carus (Carus C.G., 1846), qui, d’une part, a développé le vitalisme moniste et, d’autre part, a proposé des concepts importants sur l’inconscient psychodynamique. Contrairement à lui, William Cullen (Cullen W, 1784) a avancé l’idée novatrice selon laquelle ce ne sont pas les passions vitalistes, mais le cerveau qui régule le fonctionnement des organes du corps. Il a également introduit le terme moderne pour désigner la névrose, en l’envisageant non pas en termes neuroanatomiques, mais plutôt en termes fonctionnels.
Les idées de Cullen ne furent remises au goût du jour par les neuropsychiatres que plusieurs décennies plus tard, dans la seconde moitié du XIXe siècle. Cela conduisit à la formation des concepts fondamentaux de l’école parisienne de Jean-Martin Charcot et Pierre Janet. L’observation clinique centrale de ces chercheurs était que les affects intenses liés à des conflits ou à des expériences traumatiques peuvent provoquer des dysfonctionnements neurologiques. Ces dysfonctionnements ne doivent pas être considérés comme le résultat de lésions structurelles du cerveau, mais comme la conséquence de dissociations, provoquées par un traumatisme, des systèmes neuronaux de réaction. [3]
Le XXe siècle a été le témoin de changements significatifs en médecine et en psychologie, notamment dans le domaine des recherches psychosomatiques. Au début du siècle, l’intérêt pour les aspects psychosomatiques des maladies a commencé à s’éveiller grâce aux travaux de pionniers tels que Sigmund Freud et ses disciples.
Le lien entre les dysfonctionnements neurologiques et le traumatisme ou l’affect, d’une part, et la vulnérabilité constitutionnelle spécifique de la personnalité, d’autre part, a donné naissance au premier modèle psychosomatique moderne. C’est à partir de ce moment que se sont développées les premières positions psychanalytiques de Josef Breuer et de Sigmund Freud, ce qui a conduit à la formation d’un modèle psychodynamique de conversion en réponse au modèle traumatique de dissociation (Ellenberger H.F., 2005).
Freud, fondateur de la psychanalyse, a étudié comment les émotions refoulées et les conflits intérieurs peuvent se manifester par des symptômes physiques. Il affirmait que les états psychiques ont une influence sur la santé physique, ce qui a constitué la base de recherches ultérieures dans le domaine de la psychosomatique. Freud considérait que divers écarts par rapport au comportement habituel, tels que les lapsus, les oublis de mots et les mouvements involontaires, sont l’expression de pensées et d’impulsions inconscientes. La psychanalyse, y compris l’interprétation des rêves et l’explication des « actes erronés », peut être efficacement utilisée pour le diagnostic et la thérapie (Freud, S. The Psychopathology of Everyday Life, 1989).
Entre 1930 et 1940, la médecine psychosomatique a commencé à s’imposer comme une discipline académique à part entière, qui s’est développée à partir de la psychanalyse et de la psychiatrie, mais qui englobait également la médecine interne.
Dans les années 1930, le psychothérapeute germano-américain Franz Alexander a développé le concept des « sept de Chicago », en présentant une liste de maladies liées au stress qui devaient être considérées dans le contexte de la psychothérapie. Cette liste comprend : l’asthme bronchique, la dermatite atopique, l’hypertension, l’ulcère gastrique et du duodénum, la thyrotoxicose (hyperfonctionnement de la glande thyroïde), la polyarthrite rhumatoïde et la colite ulcéreuse. Dans son ouvrage « Médecine psychosomatique : principes et applications » (Alexander F. G. B. Psychosomatic medicine, its principles and applications, 1950), Alexander souligne l’importance du lien entre l’état psychique et la santé physique, affirmant que de nombreuses maladies physiques peuvent être causées par des facteurs psychologiques, tels que le stress et les conflits émotionnels.
Alexander introduit le concept de médecine psychosomatique, en mettant l’accent sur le lien entre les aspects psychiques et physiques de la santé. Il affirme que les émotions refoulées et les conflits intérieurs peuvent se manifester sous forme de symptômes physiques ; par exemple, le stress peut entraîner des troubles digestifs ou des maladies cardiovasculaires. Comme solution, il propose des méthodes de traitement intégrées, qui comprennent la psychothérapie, l’apprentissage de la gestion du stress et un changement de mode de vie. Alexander estime que le travail sur les aspects émotionnels peut conduire à une amélioration de l’état physique du patient. [4]
Par la suite, le conditionnement classique et le conditionnement opérant sont devenus les principales approches de la théorie de l’apprentissage comportemental appliquées aux problèmes psychosomatiques. Dans ce contexte, les travaux de Neil E. Miller méritent une attention particulière ; dans ses recherches (Miller, N. E. Learning, Motivation, and Their Physiological Mechanisms, 2007), en collaboration avec d’autres psychologues tels que J. Dollard et O. H. Maurer, s’est efforcé de développer une opérationnalisation théorique et pédagogique des concepts de la théorie psychanalytique de la motivation et de l’affect. Miller a également obtenu des résultats significatifs dans la compréhension de la modifiabilité des fonctions physiologiques du système nerveux autonome à l’aide de la technologie du biofeedback.
Ainsi, les travaux d’Alexander et de Miller ont jeté les bases de recherches ultérieures dans le domaine de la psychosomatique, soulignant l’importance de l’intégration des aspects psychologiques et physiologiques dans le traitement des maladies. [4]
Au fil du temps, la médecine psychosomatique s’est développée, s’enrichissant de nouvelles idées et de nouveaux concepts. L’une des figures clés de ce processus fut le psychiatre allemand Fritz Perls, fondateur de la thérapie gestaltiste. Il soulignait l’importance de la prise de conscience de ses émotions et de leur rôle dans l’apparition de troubles physiques. Ses travaux ont posé les bases de l’idée selon laquelle ignorer ou réprimer ses sentiments peut conduire à des manifestations somatiques (Perls, F. S. L’ego, la faim et l’agressivité / Trad. de l’angl. M. : Smysl, 2000. — 358 p. ; Perls, F. S. Gestalt therapy: excitement and growth in the human personality. Gestalt therapy / F. S. Perls, R. Hefferline, P. Goodman – Highland, NY : Gestalt Journal Press, 1994. – 481 p. – ISBN 978-0-939266-24-1).
Les travaux de Hans Selye, qui a découvert le concept du syndrome général d’adaptation (Selye, H. (1953). Einführung in die Lehre vom Adaptationssyndrom. Stuttgart : Thieme), ont joué un rôle déterminant dans le développement ultérieur de cette approche. Selye a décrit un modèle biologiquement homogène de réaction aux facteurs de stress psychosociaux et somatiques, en identifiant les étapes typiques de l’adaptation psychosomatique. Il a également mis en relation les voies de médiation physiologique, ce qui a contribué à la compréhension de la genèse des troubles fonctionnels et des lésions structurelles des organes dans le contexte de la dimension temporelle de leur développement.
Dans les années 1950 et 1960, l’intérêt pour la psychosomatique a continué de croître. Les recherches dans ce domaine ont commencé à s’appuyer sur des données scientifiques, ce qui a favorisé l’émergence de nouvelles méthodes de diagnostic et de traitement. À cette époque, de nombreuses études ont été menées, confirmant le lien entre le stress, les émotions et la santé physique. [4]
En particulier, dans les années 1950, les cardiologues Friedman et Rosenman ont découvert un lien entre les facteurs comportementaux et le risque de cardiopathie ischémique, créant ainsi le concept du comportement de type A, qui englobe un style comportemental et des émotions négatives. Cette découverte a servi de base à des recherches systématiques et scientifiquement fondées dans le domaine de la médecine psychosomatique, modifiant ainsi l’approche visant à comprendre le rôle des facteurs psychologiques et comportementaux dans le développement des maladies somatiques. Depuis lors, les données empiriques associent systématiquement les émotions négatives, telles que la colère, l’anxiété, la dépression et l’hostilité, à des conséquences néfastes pour la santé en général, et pas seulement aux maladies cardiovasculaires (Keltikangas-Järvinen L. Reinforcement Sensitivity Theory and psychosomatic medicine. In: Corr PJ, éd. The Reinforcement Sensitivity Theory of Personality. Cambridge : Cambridge University Press ; 2008. p. 345–59).
En 1959, G.L. Myers notait : « La médecine psychosomatique est une approche du problème de la santé et de la maladie. Cette approche vise à appliquer la meilleure et la plus moderne des compréhensions psychodynamiques des fonctions de la personnalité humaine à toutes les étapes de la pratique médicale, du diagnostic, de la thérapie et de la recherche » (H.L. Meyers, The Theory of Practice of Mental Health Consultation, 1970).
Dans les années 1980, la médecine psychosomatique était devenue partie intégrante de la pratique clinique. Les médecins ont commencé à prendre conscience que le traitement des maladies ne pouvait être complet sans tenir compte de l’état psycho-émotionnel du patient. De nouvelles approches ont vu le jour, telles que la thérapie cognitivo-comportementale et les techniques de relaxation, qui ont été mises en œuvre pour traiter les troubles psychosomatiques.
Aujourd’hui, au XXIe siècle, la médecine psychosomatique continue de se développer. Les recherches en neurobiologie, en psychologie et en médecine ouvrent de nouveaux horizons pour comprendre les liens entre le psychisme et le corps. Les scientifiques d’aujourd’hui étudient comment les réactions au stress et les états émotionnels influencent le système immunitaire et peuvent entraîner diverses maladies. La médecine psychosomatique prend de plus en plus d’importance dans le cadre de la médecine intégrative, qui combine les méthodes de traitement traditionnelles avec la psychothérapie, le yoga, la méditation et d’autres approches alternatives. Cela souligne l’importance d’une approche holistique de la santé, tenant compte à la fois des aspects physiques et psycho-émotionnels. (3).
Les concepts fondamentaux posés par les pionniers de ce domaine continuent d’inspirer les chercheurs et les médecins d’aujourd’hui, ouvrant de nouveaux horizons pour le diagnostic et le traitement. La psychosomatique, en tant que partie intégrante de la pratique médicale, nous rappelle que la santé n’est pas seulement l’absence de maladie, mais aussi l’harmonie entre le corps et l’esprit. (3)
Ainsi, le développement de la médecine psychosomatique reflète l’intégration des aspects psychologiques dans la compréhension de la santé et des maladies, ce qui ouvre de nouveaux horizons pour le diagnostic et le traitement des patients.
Bibliographie
1. Zeigarnik B.V. Pathopsychologie : Manuel. — 2e éd. — Moscou : Centre d’édition « Académie », 2000. — 208 p.
2. Kannabikh Yu. Histoire de la psychiatrie : préface de Gannushkina V.V., — Moscou : CTR MGP VOS, 1994. — 525 p.
3. Kovalenko N.P. Thérapie des ressources : Saint-Pétersbourg. — Petropolis, 2023, — 265 p.
4. Partsernyak S.A. Psychosomatique. Stress et végétoses. — Saint-Pétersbourg : A.V.K., 2002. — 384 p.
5. Psychosomatique. Interdépendance entre psychisme et santé : Recueil / comp. Selchenok. — Moscou : AST, Minsk : Harvest, 2005. — 640 p.
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