{"id":996,"date":"2023-05-01T12:15:42","date_gmt":"2023-05-01T10:15:42","guid":{"rendered":"http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/?p=996"},"modified":"2023-05-04T21:15:26","modified_gmt":"2023-05-04T19:15:26","slug":"figurine-de-bronze-au-musee-du-louvre-et-la-musique-armenienne","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/?p=996","title":{"rendered":"FIGURINE DE BRONZE AU MUSEE DU LOUVRE ET LA MUSIQUE  ARMENIENNE"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-751\" src=\"http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/edouard77-218x300.jpg\" alt=\"\" width=\"218\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/edouard77-218x300.jpg 218w, http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/edouard77-743x1024.jpg 743w, http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/edouard77.jpg 755w\" sizes=\"auto, (max-width: 218px) 100vw, 218px\" \/><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">PROF Dr. Edouard BARSEGHIAN (FRANCE)<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Cette figurine de bronze, pr\u00e9sente d\u00e9puis plus de cent ans d\u00e9j\u00e0 parmi les objets du<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">d\u00e9partement des Antiquit\u00e9s du Louvre, se fait pour nous l&rsquo;\u00e9cho lointain de la culture musicale de Arm\u00e9nie antique.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">On ne peut que s&rsquo;\u00e9tonner qu&rsquo;en d\u00e9pit de son \u00e2ge plus que respectable (2l mill\u00e9naire avant notre \u00e8re), cette statuette de bronze n&rsquo;ait pas retenu l&rsquo;attention des chercheurs, d&rsquo;autant qu&rsquo;elle setrouve au Louvre depuis 1872.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Cette statuette, d&rsquo;une hauteur de 6,5 cm, repr\u00e9sente un homme nu, assis jouant d&rsquo;uninstrument \u00e0 vent. Sa coiffure (chapeau ou cheveux) rappelle la cr\u00eate d&rsquo;un coq. Le phallus est tr\u00e8s nettement d\u00e9gag\u00e9. Dans la partie sup\u00e9rieure, la t\u00eate est travers\u00e9e par une ouverture d&rsquo;environ 0,3cm de diam\u00e8tre. R\u00e9pertori\u00e9e au Louvre sous le n\u00b0 MNB-398, cette statuelle a \u00e9t\u00e9 mise au jour dans les environs du lac de Van.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">D\u00e8s le premier coup d&rsquo;oeil, on constate que les caract\u00e9ristiques de la sculpture et la fa\u00e7ondont est travaill\u00e9 le m\u00e9tal rappellent d&rsquo;autres figurines de bronze de la m\u00eame \u00e9poque,d\u00e9couvertes \u00e0 diff\u00e9rents moments dans diverses r\u00e9gions du massif arm\u00e9nien.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Ainsi, on a mis au jour des statuettes de bronze semblables \u00e0 la n\u00f4tre et de dimensions<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">approchantes (de 6,5 cm \u00e0 8 cm) dans les ruines des forteresses de la r\u00e9gion de Kars, de<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Zanguezour, d&rsquo;Ani, capitale de l&rsquo;Arm\u00e9nie au Moyen-Age et aussi sur les bords des lacs de Van et Sevan.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Ces figurines furent, en leur temps, \u00e9tudi\u00e9es en d\u00e9tail et donn\u00e8rent lieu \u00e0 des publications de la part des chercheurs russes et arm\u00e9niens, notamment de S. Bessonov,S.Barkhoudarian, A. Zakharov, Kh. Samuelian, Ye. Lala\u00efan. Dans son oeuvre \u00ab\u00a02000 ans de th\u00e9\u00e2tre arm\u00e9nien\u00a0\u00bb, parue en 2 tomes, G. Goian commente en d\u00e9tail ces figurines(l).Les r\u00e9sultats de ces \u00e9tudes ont unaniment prouv\u00e9 le lieu de provenance de ces statuettes et leur lien direct avec la culture arm\u00e9nienne. Il est important de souligner que l&rsquo;un des raresgisements de cuivre exploit\u00e9s au 2-e mill\u00e9naire avant J.C. se trouvait sur la rive orientale du lac de Van.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Ajoutons que de telles statuettes de bronze, quoique se diff\u00e9renciant dans une certaine mesure des arm\u00e9niennes, ont \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9es en Asie mineure, dans les \u00eeles de la mer Eg\u00e9e, en Gr\u00e8ce,en Sardaigne, dans le sud de l&rsquo;Italie et en Etrurie, ce qui peut s&rsquo;expliquer par l&rsquo;unit\u00e9 culturelle des peuples de la m\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le c\u00e9l\u00e8bre arch\u00e9ologue italien Massimo Pallotino a \u00e9galement mentionn\u00e9 la ressemblance des figurines de bronze pr\u00e9cit\u00e9es avec celles provenant d\u2019Arm\u00e9nie<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">(3) Arch\u00e9ologue musicologue, Arm\u00e9nie.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">1 GOYAN Georg, \u00ab\u00a02000 let armyanskogo teatra\u00a0\u00bb, A.N. Moskva, tome 1, p. 236-264 et apr\u00e8s<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">(russe).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">2 KORSAKOV F.D, Istoriya Dr\u00e9vnego Mira, reg. la carte \u00ab\u00a0Egipet-Mesopotamija\u00a0\u00bb, ed.\u00a0\u00bbProsvescenie\u00a0\u00bb,Moskva 1982 (russe).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">3 BORIO Antonio, Bronzes miniatures de la Sardaigne antique, le courrier de l&rsquo;UNESCO, Paris,<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">septembre 1966, p. 21.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\u00a0 2.Tous les chercheurs ont d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre, indiqu\u00e9 l&rsquo;affectation cultuelle de ces figurines de bronze, (que l&rsquo;on appelle souvent des \u00ab\u00a0bronzetti\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Il est caract\u00e9ristique que la plupart de ces bronzes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverts dans des lieuxpropices ou destin\u00e9s au culte (tertre, forteresse, s\u00e9pultures, aupr\u00e8s de sources&#8230;). Certains de ces bronzes \u00e9taient munis de petits crochets permettant de les suspendre ce qui, selon Antonio Borio,un autre grand savant italien, d\u00e9termine particuli\u00e8rement leur appartenance au culte(4).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">En accord avec l&rsquo;opinion de ce savant italien, nous noterons que l&rsquo;ouverture au travers de<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">la t\u00eate de notre \u00ab\u00a0musicien de bronze\u00a0\u00bb a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 pratiqu\u00e9e dans des buts sacr\u00e9s afin de pouvoir le suspendre.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Georg Goian, historien d&rsquo;art dramatique ne nie absolument pas l&rsquo;appartenance au culte de ces figurines. Mieux, il consid\u00e8re q&rsquo;elles repr\u00e9sentent les acteurs &#8211; goussans anciens arm\u00e9niens qui participaient aux repr\u00e9sentations th\u00e9\u00e2trales de la p\u00e9riode pr\u00e9-classique (soit avant la mise en sc\u00e8ne rappel\u00e9e par Plutarque (1\u20ac si\u00e8cle avant J.-C.) de la trag\u00e9die d&rsquo;Euripide\u00a0\u00bbLeS Bacchantes\u00a0\u00bb \u00e0 Artachate capitale de l&rsquo;Arm\u00e9nie antiques(5).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Une telle conclusion n&rsquo;est gu\u00e8re \u00e9tonnante, surtout si l&rsquo;on consid\u00e8re les liens \u00e9troits qui unissaient les sources des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre aux rites anciens du culte. L&rsquo;examen ult\u00e9rieur du \u00ab\u00a0musicien de bronze\u00a0\u00bb du Louvre, comme nous le verrons, ne fera que confirmer cette pens\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Ainsi, dans quelles conditions, notre \u00ab\u00a0musicien de bronze\u00a0\u00bb a-t-il d\u00fb faire preuve de son talent d&rsquo;ex\u00e9cutant ? A quels rites et repr\u00e9sentations du culte se trouvait li\u00e9 son art?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Avant de r\u00e9pondre \u00e0 ces questions et aux autres, effor\u00e7ons-nous de d\u00e9terminer pr\u00e9cisement de quel instrument joue notre musicien.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Il convient de souligner que cette figure de bronze est, actuellement, l&rsquo;objet le plus ancien repr\u00e9sentant un musicien &#8211; instrumentaliste d&rsquo;une p\u00e9riode historique aussi lointaine du massif arm\u00e9nien. Parmi les d\u00e9couvertes arch\u00e9ologiques se rapportant \u00e0 l&rsquo;art musical et instrumental du 2-e mill\u00e9naire avant J.-C. se trouvent seulement quelques fl\u00fbtes en os mises au jour dans les fouilles de Garni et de Dvin. Ces flutes avaient cinq trous et \u00e9taient, selon l&rsquo;avis des sp\u00e9cialistes, r\u00e9alis\u00e9es dans des tibias de cigogne.(6).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">De par sa forme conique, l&rsquo;instrument du \u00ab\u00a0musicien de bronze\u00a0\u00bb rappelle davantage un cornet q&rsquo;une fl\u00fbte.Dans le cas pr\u00e9sent, la vari\u00e9t\u00e9 de cornet \u00e0 embouchure pourrait \u00eatre le \u00ab\u00a0pogh\u00a0\u00bbancien arm\u00e9nien, recr\u00e9 en 1985 par l&rsquo;auteur de ces lignes selon des sources arch\u00e9ologiques et musicales(7) Quant aux instruments \u00e0 anche, comme le hautbois, leur correspond la \u00ab\u00a0zourna\u00a0\u00bb tujours, pr\u00e9sente de nos jours chez les Arm\u00e9niens (elle rappelle la bombarde bretonne). Ceci se trouve confirm\u00e9 par la position caract\u00e9ristique des doigts pour obstruer les trous et les joues gonfl\u00e9es du musicien.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Comme on le sait, les cornets et trompettes, pr\u00e9sentant une telle forme conique, n&rsquo;avaient pas de trous et une position semblable des doigts, press\u00e9s sur le corps de l&rsquo;instrument, n&rsquo;aurait pu que nuire au son. Pour preuve, on peut se r\u00e9f\u00e9rer au \u00ab\u00a0trompettiste de bronze\u00a0\u00bb du mus\u00e9e de Londres, fouilles de Karkemish (Syrie, 7e avant J.-C.) et observer comment il tient sa trompette(8).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">4 BORIO Antonio, Bronzes miniatures.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">5 GOYAN Georg, &amp;quot;2000 let&#8230;&amp;quot;, p. 236-264.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">6 DANIELIAN E.L., BARSEGHIAN E.A., Artistic transformation of cosmological notions in the material<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">culture of ancient Armenia, the Fourth international Symposium on Armenian art, theses of reports,<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">publ.house, Ac. of Sc. Armenian SSR, Yerevan 1985, p. 84-86.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">7 Mus\u00e9e d&rsquo;Ethnographie de l&rsquo;Arm\u00e9nie (Sardarapart).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">8 Civilisations Peuples et Mondes, Grande Encyclop\u00e9die, l&amp;#39;Antiquit\u00e9 Proche-Orient, Gr\u00e8ce; ed.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">LIPIS 1966-1980, Paris, p. 173<\/p>\n<ol start=\"3\">\n<li style=\"font-weight: 400;\">En Arm\u00e9nie les musiciens populaires jouent des instruments \u00e0 vent comme il y a quatre mille ans &#8211; l\u00e8vres et joues gonfl\u00e9es. Pourquoi n&rsquo;ont-il pas abondonn\u00e9 cette fa\u00e7on<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"font-weight: 400;\">inesth\u00e9tique (selon nos crit\u00e8res) de jouer au profit de celle qui est pratiqu\u00e9e de nos jours par les musiciens des orchestres symphoniques ? Car enfin, une part importante des instruments de ces orchestres trouve ses racines en Orient.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">En fait, la m\u00e9thode et le mode d&rsquo;ex\u00e9cution sur chaque instrument sont avant tout dict\u00e9s par le caract\u00e8re m\u00eame de la musique \u00e0 interpr\u00e9ter. La libert\u00e9 de flexion des sons est caract\u00e9ristique de la musique populaire arm\u00e9nienne (comme de toute la musique orientale g\u00e9n\u00e9ral). Et celle-ci est meilleure et s&rsquo;obtient plus facilement en r\u00e9gulant la positiondes l\u00e8vres en gonfl\u00e9es et l&rsquo;air qu&rsquo;elles renferment.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">En faisant passer l&rsquo;air se trouvant dans les joues, on peut reprendre sa respiration sans cesser pour autant d&rsquo;\u00e9mettre des sons. C&rsquo;est absolument indispensable lors de l&rsquo;ex\u00e9cution de longues phrases musicales, mais aussi pour accompagner le bourdon, qui est particuli\u00e8rement pr\u00e9sent dans la musique populaire arm\u00e9nienne.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Ainsi, les l\u00e8vres et les joues gonfl\u00e9es du musicien peuvent aussi r\u00e9v\u00e9ler le genre de musique qu&rsquo;il interpr\u00e9tait. Comme nous le voyons, le caract\u00e8re de la musique interpr\u00e9t\u00e9e correspondait aussi \u00e0 la musique populaire arm\u00e9nienne.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Consid\u00e9rant la position des doigts du musicien le long de l&rsquo;instrument, on peut supposer que cet instrument comptait de 7 \u00e0 9 trous, y compris le plus bas. Parmi les instruments actuels pr\u00e9sentant le m\u00eame nombre de trous, nous trouvons la doudouk, la zourna et le sring, mais aussi le \u00ab\u00a0vanapogh\u00a0\u00bb, qui a \u00e9t\u00e9 recr\u00e9\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Rappelons que les fl\u00fbtes en os provenant des fouilles de Garni et de Dvin comportaient cinq trous (ce qui a permis \u00e0 certains musicologues de commenter fort peu objectivement les structures sonores de la musique ancienne arm\u00e9nienne)(9.).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Nous allons maintenant essayer de d\u00e9terminer les dimensions de l&rsquo;instrument. Si les proportions sont respect\u00e9es, nous concluons que la longueur de l&rsquo;instrument est d&rsquo;environ 47-50 cm.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Naturellement, nous \u00e9tablissons la longueur par rapport \u00e0 un homme normal de taille moyenne.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">D&rsquo;autant que nous n&rsquo;avons aucune raison de penser que ce bronze repr\u00e9sente un g\u00e9ant ou un lilliputien, un enfant ou un \u00eatre mythique.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Une zounra de cette dimension s&rsquo;est conserv\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours chez les Arm\u00e9niens des bords de la Mer Noire. Et, il y a encore peu de temps, les Arm\u00e9niens des bords dulac de Van, pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 o\u00f9 a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverte la figurine, employaient une zourna de ce type(10).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Cette zounra est connue depuis tr\u00e8s longtemps en Asie Mineure et particuli\u00e8rement dans le massif montagneux arm\u00e9nien. Dans la litt\u00e9rature antique, ces instruments \u00e9taient appel\u00e9s \u00ab\u00a0fl\u00fbtes-aulos phrygiennes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">En rapport avec ceci, il convient de rappeler une vieille l\u00e9gende grecque sur Ath\u00e9na, la fille de Zeus. Celle-ci avait cr\u00e9\u00e9 une flute et avait d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;\u00e9tonner les autres d\u00e9esses, dontAphrodite et H\u00e9ra, par la ma\u00eetrise de son art. Cependant, en voyant la laideur de ses jouesgonfl\u00e9es, elles se moqu\u00e8rent d&rsquo;elle. Vex\u00e9e, Ath\u00e9na a jet\u00e9 avec d\u00e9pit son instrument sur la montagne phrygienne- Ida, o\u00f9 il fut ramass\u00e9 par Marsyas, un sil\u00e8ne phrygien c\u00e9l\u00e8bre pour avoir oser d\u00e9fier Apollon dans un tournoi musical (11.)<\/p>\n<ol start=\"9\">\n<li style=\"font-weight: 400;\">KOCARYAN Aram, \u00ab\u00a0Miapogh sring\u00a0\u00bb, Lraber Hasarakakam Citutyunneri HSSH G.A.n\u00b011, 1962 Yerevan,p.68.<\/li>\n<li style=\"font-weight: 400;\">ARAKEL Patric, \u00ab\u00a0Haykakan tarazneri Kartesa XIX-XX tav. 1915 (armen.).<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"font-weight: 400;\">11 TRENCENI-VALDAPFEL Imre, Mythologie, ed. Nauka, Moskva, 1959, Athena(Afina-russe),Herodote, VII, 73.<\/p>\n<ol start=\"4\">\n<li style=\"font-weight: 400;\">Les auteurs antiques ont souvent li\u00e9 l&rsquo;art musical aux Thraces et aux Phrygiens, et Eudoxe de Cnide et Herodote parlent d\u00e9j\u00e0 de parent\u00e9 entre les Arm\u00e9niens et les Phrygiens(12.). Et ce n&rsquo;est probablement pas en vain qu&rsquo;en Arm\u00e9nie, pendant la p\u00e9riode h\u00e9ll\u00e9nistique, on comparait Ath\u00e9na la Grecque \u00e0 Nan\u00e9 &#8211; la d\u00e9esse arm\u00e9nienne. Dans l&rsquo;un de nos ouvrages pr\u00e9c\u00e9dents, nous attirions l&rsquo;attention sur le lien qui unissait les instruments de musique aux cultes vou\u00e9s aux d\u00e9esses selon le sch\u00e9ma suivant : Inana la Sum\u00e9rienne, Nan\u00e9 l&rsquo;Arm\u00e9nienne, Ninatta la Hittite, Ichtar la Babylonienne, Sybille(Cibelle) la Phrygienne, Ath\u00e9na la Grecque, Minerve Etrusque et Romaine etc.(13.)Rappelons que les \u00ab\u00a0bronzetti\u00a0\u00bb, petits bronzes, \u00e9taient aussi li\u00e9s au culte. A quels cultes pouvait donc \u00eatre li\u00e9 l&rsquo;art de notre \u00ab\u00a0musicien de bronze\u00a0\u00bb du Louvre ?<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"font-weight: 400;\">En Orient, une croyance antique voulait que les instruments \u00e0 vent, symboles de la respiration, de la vie, favorisent la r\u00e9surrection des morts(14.). Satan avait peur de leur sons(15).Partant de toutes ces consid\u00e9rations, les instruments \u00e0 vent \u00e9taient,semble-t-il,largement employ\u00e9s dans les cultes vou\u00e9s au dieu de la vie et de la mort, vivant et ressuscitant qui allait de pair avec la d\u00e9esse symbolisant l&rsquo;\u00e9veil de la nature et la fertilit\u00e9. En Arm\u00e9nie, il s&rsquo;agissait du culte \u00e0 Ara le Magnifique que l&rsquo;on f\u00eatait somptueusement<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">sur les pentes de la montagne,au village L\u00e9zk, pr\u00e8s de la ville de Van(16.17.). De ce fait, notre \u00ab\u00a0musicien de bronze\u00a0\u00bb jouant d&rsquo;un instrument \u00e0 vent pourrait \u00eatre d\u00e9j\u00e0 li\u00e9 au culte de la fertilit\u00e9. Ceci peut \u00eatre confirm\u00e9 par le phallus, qui est tr\u00e8s nettement d\u00e9gag\u00e9 et qui, comme on le sait, exprime la notion de fertilit\u00e9. On a trouv\u00e9 un tr\u00e8s grand nombre de phallus cultuels en Arm\u00e9nie, de diff\u00e9rentes tailles et faits en tuf, ce qui d\u00e9montre l&rsquo;amplitude de ce culte en Arm\u00e9nie antique(18.).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Un lien particulier avec le culte solaire peut \u00eatre not\u00e9 par l&rsquo;observation de la coiffure de notre musicien, qui, comme nous l&rsquo;avons dit, rappelle une cr\u00eate de coq. On sait que dans l&rsquo;Arm\u00e9nie antique, les oiseaux aussi importants que le coq, l&rsquo;aigle,la cigogne \u00e9taient les symboles de la divinit\u00e9 solaire. Aussi la coiffure en cr\u00eate de coq (ou le couvre-chef), d&rsquo;ailleurs pr\u00e9sente sur quelques autres figurines de bronze d,Arm\u00e9nie, peut montrer le culte rendu au soleil. D&rsquo;autant que la zourna et les autres instruments \u00e0 vent servaient traditionnellement \u00e0 intepr\u00e9ter \u00ab\u00a0les m\u00e9lodies de l&rsquo;aube(\u00ab\u00a0sahari\u00a0\u00bb), qui sont, en leur genre, des hymnes au lever du soleil (19.).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Si l&rsquo;on consid\u00e8re que le coucher du soleil \u00e9tait souvent interpr\u00e9t\u00e9 par les Anciens comme son extinction et sa mort, on peut supposer que, dans l&rsquo;Arm\u00e9nie ancienne, jouer \u00ab\u00a0les m\u00e9lodies del&rsquo;aube\u00a0\u00bb sur des instruments \u00e0 vent symboles des forces de la vie, \u00e9tait pour nos lointains anc\u00eatres une fa\u00e7on magique en quelque sorte de favoriser la r\u00e9surrection,la renaissance de la divinit\u00e9 solaire.<\/p>\n<ol start=\"12\">\n<li style=\"font-weight: 400;\">VESTNIK DREVNEY ISTORII, Ac. des Sc. SSSR, Moskva 1947, 3, p. 247 (russe).<\/li>\n<li style=\"font-weight: 400;\">BARSEGHIAN E.A., Obshcie cherty cultovogo musicirovanija drevnikx narodov Perednej Asii i<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Anti\u00e9nogo mira, v svyasi s cultom drevnearmjanskoj bogini Nane, Komitas-Conservatoire National de Musique<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Sup\u00e9rieur, Yerevan 1988, les r\u00e9sumes des communications, p. 11 (russe-armen.).<\/p>\n<ol start=\"16\">\n<li style=\"font-weight: 400;\">ABEGIAN Manuk, Istorija drevnearmjanskoj literatury, AN. Arm. SSR, Yerevan, 1975, p. 27(russe).<\/li>\n<li style=\"font-weight: 400;\">LISICIAN Srbuhi, Starinnye pljaski i teatralhye predstavleniya armjanskogo naroda,A.N. Arm.SSR<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Yerevan, tome I, p. 160.<\/p>\n<ol start=\"18\">\n<li style=\"font-weight: 400;\">Mus\u00e9e d&rsquo;Ethnographie de l&rsquo;Arm\u00e9nie (Sardarapat)<\/li>\n<li style=\"font-weight: 400;\">LISICIAN Srbuhi,, Starinnye pljaski&#8230;, p. 160 (russe)<\/li>\n<li style=\"font-weight: 400;\">Voici encore l&rsquo;\u00e9cho de telles repr\u00e9sentations du lever et du coucher du soleil chez les anciens Arm\u00e9niens et que l&rsquo;on retrouve chez Nerses CHRNORHALI, auteur du 12-e si\u00e8cle, penseur arm\u00e9nien, po\u00e8te et musicien, dans ses devinettes pour les enfants :<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u00a0Il na\u00eet, grandit<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Puis le m\u00eame iour meurt.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Ensuite, revenu \u00e0 la vie<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Il brille de nouveau de tous ses feux<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">(Le Soleil)\u00a0\u00bb (20.).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Tout ce qui a \u00e9t\u00e9 dit pr\u00e9c\u00e9demment montre que le musicien de bronze du Louvre repr\u00e9sente un artiste arm\u00e9nien ancien li\u00e9 au culte du Soleil et de la fertilit\u00e9. Son instrument<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">(zourna ou \u00ab\u00a0vanapogh\u00a0\u00bb) existe toujours actuellement en Arm\u00e9nie. Dans ses travaux pr\u00e9c\u00e9dents, l&rsquo;auteur de ce rapport a \u00e9tudi\u00e9 l&rsquo;\u00e9tymologie des appellations de ces instruments et, s&rsquo;appuyant sur d&rsquo;autres sources, a \u00e9mis l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;existence de ces instruments, dans le massif montagneux arm\u00e9nien au 3 mill\u00e9naire avant J.-C. Le lien sacro-esth\u00e9tique des instruments de musique avec les cultes anciens a \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9 de nombreuses fois(21.).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Nous avons tout lieu de penser que la d\u00e9couverte de la figurine de bronze du musicien deVan, l&rsquo;expos\u00e9e au mus\u00e9e du Louvre, ne fait que confirmer s\u00e9rieusement ces pens\u00e9es.Quand cette figurine a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e, au 2-e mill\u00e9naire avant J.-C., alors qu&rsquo;il existait d\u00e9j\u00e0des formations \u00e9tatiques et tribales arm\u00e9niennes dans le massif arm\u00e9nien (Aratta,Ha\u00efassa-Azzi,Hayadou,M\u00e9lidou(22.), on peut supposer que la musique arm\u00e9nienne, partant de cultures proches,s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 cristallis\u00e9e et avait acquis son originalit\u00e9 qu&rsquo;elle a su conserver jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">20 NERSES Snorhali, Hanelukner (Les devinettes), ed. Sov. Grot, Yerevan, 1984, p. 5 (armen)<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Melikian.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">21 BARSEGHIAN E.A, \u00ab\u00a0Sacralnye funkcyi instrumentalogo musicirovanija v rannix cultax Armjanskogo nagorja\u00a0\u00bb (Problemy genezisa musycalnoj culturi, AN SSSR, Yerevan 1986, Tesicy dokladov, p.12-13(russe).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">22.BITTEL Kurt &#8211; Les Hittites au Porche-Orient au 2\u00ba mill\u00e9naire av. J.-C., \u00ab\u00a0Les HITTITES\u00a0\u00bb, ed.Gallimard 1976(la carte n\u00b0 344), Paris.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">DYAKONOV I.M, Predystorija armjanskogo naroda AN arm. SSR Yerevan, 1958,(reg.\u00a0\u00bbVekovsyjazyvajusajanit\u00a0\u00bb,journ.\u00a0\u00bbKommunist\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Yerevan 1988, 7 f\u00e9vrier (russe).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">ISXANYAN R\u00e1fael, Hanun patmakan cheshmartutjan (jour.\u00a0\u00bbHayreniki dzayn\u00a0\u00bb, Yerevan, 15.01.1986, p.6,n\u00b03 (1067)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-1037\" src=\"http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Edu-2sm.-279x300.jpg\" alt=\"\" width=\"279\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Edu-2sm.-279x300.jpg 279w, http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Edu-2sm.-954x1024.jpg 954w, http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Edu-2sm.-768x825.jpg 768w, http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Edu-2sm.-1430x1536.jpg 1430w, http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Edu-2sm.-1907x2048.jpg 1907w, http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Edu-2sm.-1024x1100.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 279px) 100vw, 279px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PROF Dr. Edouard BARSEGHIAN (FRANCE) Cette figurine de bronze, pr\u00e9sente d\u00e9puis plus de cent ans&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1035,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[24],"tags":[],"class_list":["post-996","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-musique"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/996","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=996"}],"version-history":[{"count":5,"href":"http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/996\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1034,"href":"http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/996\/revisions\/1034"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1035"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=996"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=996"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=996"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}