{"id":2103,"date":"2026-05-19T00:12:16","date_gmt":"2026-05-18T22:12:16","guid":{"rendered":"http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/?p=2103"},"modified":"2026-05-19T00:26:48","modified_gmt":"2026-05-18T22:26:48","slug":"a-propos-de-lemergence-du-concept-psychosomatique-dans-lhistoire-de-la-medecine-et-de-la-psychologie","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/?p=2103","title":{"rendered":"\u00c0 PROPOS DE L&rsquo;\u00c9MERGENCE DU CONCEPT PSYCHOSOMATIQUE DANS L&rsquo;HISTOIRE DE LA M\u00c9DECINE ET DE LA PSYCHOLOGIE"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-2106\" src=\"http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_0576-233x300.jpg\" alt=\"\" width=\"233\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_0576-233x300.jpg 233w, http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_0576-768x988.jpg 768w, http:\/\/scientifiquesfrancais.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_0576.jpg 794w\" sizes=\"auto, (max-width: 233px) 100vw, 233px\" \/><\/p>\n<p>M. Filyayev \u2014 (Grand-doctorant en psychologie), auteur de la m\u00e9thode PSY.2.0. (Moscou)<\/p>\n<p><b>R\u00e9sum\u00e9 :<\/b> Cet article pr\u00e9sente des donn\u00e9es historiques et les noms des auteurs qui ont d\u00e9velopp\u00e9 le concept psychosomatique, \u00e0 commencer par Hippocrate. Il permet de retracer les \u00e9tapes de l&rsquo;\u00e9volution de la compr\u00e9hension de l&rsquo;unit\u00e9 et de l&rsquo;interd\u00e9pendance entre le psychisme et le soma.<\/p>\n<p><b>Mots-cl\u00e9s<\/b> : psychosomatique, somatopsych\u00e9, psychosomatoses.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9volution historique de la m\u00e9decine psychosomatique et son influence sur la science et la politique de sant\u00e9 soulignent la difficult\u00e9 de formuler une d\u00e9finition unifi\u00e9e de son essence et de son champ d&rsquo;application au sein de l&rsquo;ensemble des disciplines m\u00e9dicales. N\u00e9anmoins, les t\u00e2ches centrales de la m\u00e9decine psychosomatique restent le diagnostic et le traitement des maladies somatiques et des troubles psychiques, qui vont souvent de pair \u00e0 diff\u00e9rents niveaux du syst\u00e8me de soins de sant\u00e9. La m\u00e9decine psychosomatique propose une perspective m\u00e9dicale qui examine et corrige de mani\u00e8re syst\u00e9matique les facteurs biologiques, psychologiques et sociaux influen\u00e7ant le d\u00e9veloppement et la progression des maladies physiques et des syndromes fonctionnels de l&rsquo;organisme (Hoffmann et al., 2009). L&rsquo;image th\u00e9rapeutique de soi en m\u00e9decine psychosomatique met l&rsquo;accent sur une approche centr\u00e9e sur le patient, ce qui permet de mieux comprendre les exp\u00e9riences individuelles du patient et leur influence sur la sant\u00e9.[1]<\/p>\n<p>La perspective psychosomatique repose en grande partie sur le mod\u00e8le biopsychosocial de la maladie propos\u00e9 par Engel en 1977. Ce mod\u00e8le, fond\u00e9 sur de nombreuses donn\u00e9es scientifiques et ayant fait l&rsquo;objet de d\u00e9veloppements ult\u00e9rieurs, est apparu en r\u00e9action aux critiques des mod\u00e8les biom\u00e9caniques (\u00ab m\u00e9decine des corps sans \u00e2me \u00bb) et bios\u00e9miotiques (\u00ab m\u00e9decine des \u00e2mes sans corps \u00bb). Elle s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e en un syst\u00e8me multidimensionnel mettant en \u00e9vidence les interactions complexes entre les dimensions individuelles (biopsychosociales). Le mod\u00e8le biopsychosocial des maladies d\u00e9crit les maladies comme le r\u00e9sultat d&rsquo;interactions complexes entre l&rsquo;organisme et l&rsquo;environnement, o\u00f9 la socialisation et la biographie de l&rsquo;individu jouent un r\u00f4le d\u00e9terminant. Ainsi, l&rsquo;essence de la psychosomatique r\u00e9side dans cette perspective suppl\u00e9mentaire, qui permet de mieux comprendre l&rsquo;interaction entre le psychisme et le corps, ainsi que leur influence sur l&rsquo;\u00e9tat de sant\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p>Sur la base des d\u00e9couvertes neurobiologiques et psychobiologiques en m\u00e9decine, une compr\u00e9hension int\u00e9grative des maladies psychosomatiques s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e. La pathophysiologie de ces maladies est complexe et multiforme. Selon les recherches actuelles, les sympt\u00f4mes physiques peuvent s&rsquo;expliquer par des niveaux sup\u00e9rieurs de perception, de r\u00e9gulation et de processus d&#8217;empreinte du syst\u00e8me nerveux central.<\/p>\n<p>Le niveau de perturbation r\u00e9side dans l&rsquo;interaction entre le syst\u00e8me nerveux central et les organes p\u00e9riph\u00e9riques, qui est r\u00e9gie par des interactions neuroendocriniennes, immunologiques et autonomes, sur lesquelles l&rsquo;exp\u00e9rience psychologique exerce une influence consid\u00e9rable (Egloff, N. et al., 2018).<\/p>\n<p>Dans le monde actuel, la psychosomatique occupe une place centrale dans la pratique clinique. Les m\u00e9decins et les psychologues prennent de plus en plus conscience que de nombreuses maladies chroniques, telles que l\u2019asthme, l\u2019hypertension, l\u2019ulc\u00e8re gastroduod\u00e9nal et m\u00eame le cancer, peuvent \u00eatre li\u00e9es \u00e0 des facteurs \u00e9motionnels et psychologiques. Cette prise de conscience a conduit \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;approches th\u00e9rapeutiques int\u00e9gr\u00e9es, qui tiennent compte \u00e0 la fois des aspects physiques et psychiques de la sant\u00e9.<\/p>\n<p>Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, le terme \u00ab somatopsych\u00e9 \u00bb est devenu un \u00e9l\u00e9ment important de la psychosomatique, ce qui s&rsquo;explique par l&rsquo;adoption croissante d&rsquo;approches psychosomatiques dans les disciplines somatiques, telles que la m\u00e9decine interne et la chirurgie. Cela concerne les m\u00e9thodes de traitement et de soutien des patients souffrant de maladies physiques, dans leur lutte contre la maladie et les cons\u00e9quences psychologiques qui y sont associ\u00e9es. En cons\u00e9quence, les aspects psychosomatiques sont de plus en plus souvent pris en compte dans les recommandations th\u00e9rapeutiques pour les maladies somatiques, telles que l\u2019insuffisance cardiaque, la cardiopathie isch\u00e9mique et le diab\u00e8te sucr\u00e9. De ce fait, diverses sp\u00e9cialit\u00e9s ont vu le jour en psychosomatique, telles que la psychocardiologie, la psychodiab\u00e9tologie, la psycho-oncologie, la psychodermatologie et bien d\u2019autres.<\/p>\n<p>L\u2019un des aspects cl\u00e9s de la pr\u00e9vention des maladies chroniques d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives consiste \u00e0 maintenir un \u00ab \u00e9quilibre entre le stress physique et psychique \u00bb. Cet \u00e9quilibre est atteint gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;exercice physique, \u00e0 la relaxation et \u00e0 diverses m\u00e9thodes de gestion du stress. Ces approches peuvent \u00eatre mises en \u0153uvre aussi bien dans le cadre d&rsquo;activit\u00e9s de bien-\u00eatre individuelles que dans le contexte d&rsquo;un travail de groupe encadr\u00e9 par des professionnels, y compris le conseil aux patients. [2]<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes cliniques montrent que les th\u00e9rapies visant \u00e0 traiter les probl\u00e8mes \u00e9motionnels peuvent am\u00e9liorer consid\u00e9rablement l&rsquo;\u00e9tat des patients souffrant de troubles psychosomatiques. Des m\u00e9thodes telles que la th\u00e9rapie cognitivo-comportementale, l&rsquo;art-th\u00e9rapie et la m\u00e9ditation sont de plus en plus utilis\u00e9es dans la pratique clinique.<\/p>\n<p>L&rsquo;avenir de la psychosomatique s&rsquo;annonce passionnant. Les technologies modernes, telles que la neuroimagerie et la recherche g\u00e9n\u00e9tique, ouvrent de nouveaux horizons pour la compr\u00e9hension des liens entre le psychisme et le corps. Les recherches en neurobiologie confirment que les \u00e9motions peuvent provoquer des changements physiologiques, ce qui souligne l&rsquo;importance de l&rsquo;approche psychosomatique.<\/p>\n<p>De plus, on observe ces derni\u00e8res ann\u00e9es un int\u00e9r\u00eat croissant pour l&rsquo;\u00e9tude du r\u00f4le du stress et du bien-\u00eatre \u00e9motionnel dans le d\u00e9veloppement des maladies. Les troubles psychosomatiques deviennent un th\u00e8me important pour la recherche interdisciplinaire, r\u00e9unissant la m\u00e9decine, la psychologie et la sociologie (Fava, G. A., Cosci, F. &amp; Sonino, N. (2017). Current psychosomatic practice. In: Psychotherapy and Psychosomatics, 1(86), p. 13\u221230).<\/p>\n<p>Ainsi, la psychosomatique n\u2019est pas seulement un domaine de la m\u00e9decine, mais aussi une philosophie qui nous aide \u00e0 prendre conscience que la sant\u00e9 est l\u2019harmonie entre le corps et l\u2019esprit. La poursuite des recherches dans ce domaine est cruciale pour le d\u00e9veloppement de traitements plus efficaces, tenant compte \u00e0 la fois des aspects physiques et psychiques de la sant\u00e9. En fin de compte, une compr\u00e9hension approfondie de la psychosomatique peut conduire \u00e0 une prise de conscience plus compl\u00e8te de la nature humaine et contribuer \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration de la qualit\u00e9 de vie.<\/p>\n<p>Les racines de la psychosomatique remontent \u00e0 la nuit des temps, o\u00f9 la m\u00e9decine antique comprenait d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;interd\u00e9pendance entre le corps et l&rsquo;esprit. Hippocrate, connu comme le p\u00e8re de la m\u00e9decine, soulignait que les \u00e9motions peuvent influencer l&rsquo;\u00e9tat physique d&rsquo;une personne. Ses principes sont devenus fondateurs de la m\u00e9decine psychosomatique, mettant l&rsquo;accent sur l&rsquo;importance de la compr\u00e9hension mutuelle entre le m\u00e9decin et le patient, ainsi que sur le r\u00f4le de l&rsquo;environnement et des facteurs adaptatifs dans la sant\u00e9 et la maladie.<\/p>\n<p>Dans le cadre des connaissances scientifiques de leur \u00e9poque, Hippocrate et ses disciples ont \u00e9labor\u00e9 la th\u00e9orie des quatre humeurs, qui constituait le premier syst\u00e8me scientifique unifi\u00e9. Cette th\u00e9orie, bien que primitive selon les crit\u00e8res actuels, peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une approche pr\u00e9coce du concept de sant\u00e9, envisag\u00e9e comme une hom\u00e9ostasie ou une harmonie naturelle, et de la maladie comme un d\u00e9s\u00e9quilibre provoqu\u00e9 par un exc\u00e8s ou un manque de l\u2019un des humeurs. Elle postulait l&rsquo;unit\u00e9 du corps et de l&rsquo;esprit et, dans un certain sens, anticipait la th\u00e9orie syst\u00e9mique g\u00e9n\u00e9rale, en soulignant l&rsquo;interaction entre les quatre \u00e9l\u00e9ments fondamentaux de l&rsquo;univers (la terre, l&rsquo;air, le feu et l&rsquo;eau), les quatre humeurs (la bile jaune, la bile noire, le sang et le flegme), qui r\u00e9gissent l&rsquo;\u00e9tat de sant\u00e9, et les principaux types de caract\u00e8re d\u00e9termin\u00e9s par ces humeurs (John J. Schwab. Psychosomatic Medicine: Its Past And Present. https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0033-3182(85)72821-6 ; Christodoulou, N. (2019). Psychosomatic Medicine in Ancient Greece: An Overview. In: Leigh, H. (eds) Global Psychosomatic Medicine and Consultation-Liaison Psychiatry. Springer, Cham. https:\/\/doi.org\/10.1007\/978-3-030-12584-4_2).<\/p>\n<p>Au Moyen \u00c2ge, le lien entre le corps et l&rsquo;esprit a \u00e9t\u00e9 quelque peu oubli\u00e9, mais avec l&rsquo;av\u00e8nement de la Renaissance, il a retrouv\u00e9 toute son importance. Dans ce contexte, il convient de mentionner la contribution du philosophe du XVIIe si\u00e8cle Ren\u00e9 Descartes, qui, dans son ouvrage de 1637, a avanc\u00e9 des id\u00e9es qui ont servi de base \u00e0 des discussions ult\u00e9rieures sur le probl\u00e8me \u00ab corps-esprit \u00bb. Bien que sa conception de la s\u00e9paration entre l&rsquo;esprit (res cogitans) et le corps (res extensa) ait \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9e pour avoir cr\u00e9\u00e9 des obstacles \u00e0 une approche psychosomatique int\u00e9gr\u00e9e (Damasio AR. Descartes Error: Emotion, Reason and the Human Brain. New York, NY: Avon; 1994; Brown TM. Cartesian dualism and psychosomatics. Psychosomatics 1989;30:322\u2013331), elle a \u00e9galement suscit\u00e9 une pol\u00e9mique anim\u00e9e, contribuant \u00e0 l\u2019\u00e9volution des recherches dans ce domaine. La conception cart\u00e9sienne de la glande pin\u00e9ale comme \u00e9ventuelle \u00ab station de commutation \u00bb pour le contr\u00f4le des processus de l\u2019organisme humain a ouvert la voie \u00e0 une vision plus int\u00e9gr\u00e9e des relations entre l\u2019esprit et le corps.<\/p>\n<p>Les origines de l&rsquo;\u00e9tude des associations entre l&rsquo;esprit et le corps remontent \u00e0 des figures \u00e9minentes du XVIIe si\u00e8cle, parmi lesquelles on peut citer le philosophe, math\u00e9maticien et psychologue juif portugais Baruch Spinoza (1632-1677), ainsi que les m\u00e9decins anglais William Harvey (1578-1657) et Thomas Sydenham (1624-1689). Spinoza a largement contribu\u00e9 \u00e0 r\u00e9futer les s\u00e9parations extr\u00eames entre l&rsquo;esprit et le corps propos\u00e9es par Descartes. Il affirmait que l\u2019esprit et le corps sont identiques et indissociables, et que les \u00e9v\u00e9nements survenant dans l\u2019un de ces aspects se refl\u00e8tent dans ceux de l\u2019autre. Il a appel\u00e9 ce concept le parall\u00e9lisme psychophysiologique, qui fait \u00e9cho aux visions holistiques partag\u00e9es par de nombreux penseurs contemporains. [2]<\/p>\n<p>En 1649, William Harvey, discutant de l\u2019influence des \u00e9motions sur le corps, remarqua : \u00ab \u00c0 presque chaque affection, app\u00e9tit, espoir ou crainte, notre corps souffre, le visage change, et le sang coule tant\u00f4t ici, tant\u00f4t l\u00e0. \u00bb Il d\u00e9crivait comment la col\u00e8re rend les yeux \u00ab ardents \u00bb avec des pupilles r\u00e9tr\u00e9cies, comment la modestie \u00ab inonde \u00bb les joues de rougeur, comment la peur conduit \u00e0 la p\u00e2leur du visage et \u00e0 la rougeur des oreilles, et comment la luxure provoque une \u00e9rection. Ces observations de Harvey sur la \u00ab force du sang \u00bb et ses cons\u00e9quences peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme les pr\u00e9curseurs des recherches modernes sur les \u00e9motions et les maladies cardiovasculaires.<\/p>\n<p>Thomas Sydenham, que certains surnomment \u00ab l&rsquo;Hippocrate anglais \u00bb, fut le premier, en 1682, \u00e0 reconna\u00eetre et \u00e0 d\u00e9crire l&rsquo;hyst\u00e9rie en des termes qui restent d&rsquo;actualit\u00e9 aujourd&rsquo;hui. Ses \u00ab observations minutieuses \u00bb ont permis de comprendre les relations complexes entre l&rsquo;esprit et le corps, et il affirmait que l&rsquo;hyst\u00e9rie \u00e9tait un \u00e9tat observ\u00e9 chez un tiers de tous les patients, constituant \u00ab la maladie chronique la plus r\u00e9pandue \u00bb, provoqu\u00e9e par \u00ab une agitation intense de l&rsquo;esprit \u00bb, capable d&rsquo;imiter pratiquement toutes les maladies organiques connues. Dans le contexte actuel, on peut dire que Seidenham avait conscience du fardeau qui p\u00e8se sur les \u00e9paules des m\u00e9decins praticiens en raison de la somatisation des patients. Ainsi, la contribution de ces penseurs \u00e9minents \u00e0 la compr\u00e9hension de l\u2019interaction entre l\u2019esprit et le corps a \u00e9t\u00e9 fondamentale pour les recherches ult\u00e9rieures dans le domaine de la psychosomatique, soulignant la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une approche int\u00e9grative en m\u00e9decine.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re utilisation du terme \u00ab psychosomatique \u00bb est associ\u00e9e au nom de Johann Christian August Heinroth, qui, dans son manuel sur les troubles psychiques (Heinroth JCA, 1818), soulignait l\u2019importance des affects et des passions d\u2019une personnalit\u00e9 pr\u00e9dispos\u00e9e, dans le contexte de situations de vie concr\u00e8tes, pour le d\u00e9veloppement et la progression des dysfonctionnements physiques et des maladies. Il s\u2019inscrivait ainsi dans une tradition s\u00e9culaire, refl\u00e9t\u00e9e dans diverses th\u00e9ories philosophiques et m\u00e9dicales du temp\u00e9rament.<\/p>\n<p>Ces id\u00e9es ont trouv\u00e9 leur prolongement dans les travaux de Carl Gustav Carus (Carus C.G., 1846), qui, d\u2019une part, a d\u00e9velopp\u00e9 le vitalisme moniste et, d\u2019autre part, a propos\u00e9 des concepts importants sur l\u2019inconscient psychodynamique. Contrairement \u00e0 lui, William Cullen (Cullen W, 1784) a avanc\u00e9 l\u2019id\u00e9e novatrice selon laquelle ce ne sont pas les passions vitalistes, mais le cerveau qui r\u00e9gule le fonctionnement des organes du corps. Il a \u00e9galement introduit le terme moderne pour d\u00e9signer la n\u00e9vrose, en l\u2019envisageant non pas en termes neuroanatomiques, mais plut\u00f4t en termes fonctionnels.<\/p>\n<p>Les id\u00e9es de Cullen ne furent remises au go\u00fbt du jour par les neuropsychiatres que plusieurs d\u00e9cennies plus tard, dans la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle. Cela conduisit \u00e0 la formation des concepts fondamentaux de l\u2019\u00e9cole parisienne de Jean-Martin Charcot et Pierre Janet. L&rsquo;observation clinique centrale de ces chercheurs \u00e9tait que les affects intenses li\u00e9s \u00e0 des conflits ou \u00e0 des exp\u00e9riences traumatiques peuvent provoquer des dysfonctionnements neurologiques. Ces dysfonctionnements ne doivent pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme le r\u00e9sultat de l\u00e9sions structurelles du cerveau, mais comme la cons\u00e9quence de dissociations, provoqu\u00e9es par un traumatisme, des syst\u00e8mes neuronaux de r\u00e9action. [3]<\/p>\n<p>Le XXe si\u00e8cle a \u00e9t\u00e9 le t\u00e9moin de changements significatifs en m\u00e9decine et en psychologie, notamment dans le domaine des recherches psychosomatiques. Au d\u00e9but du si\u00e8cle, l\u2019int\u00e9r\u00eat pour les aspects psychosomatiques des maladies a commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019\u00e9veiller gr\u00e2ce aux travaux de pionniers tels que Sigmund Freud et ses disciples.<\/p>\n<p>Le lien entre les dysfonctionnements neurologiques et le traumatisme ou l\u2019affect, d\u2019une part, et la vuln\u00e9rabilit\u00e9 constitutionnelle sp\u00e9cifique de la personnalit\u00e9, d\u2019autre part, a donn\u00e9 naissance au premier mod\u00e8le psychosomatique moderne. C&rsquo;est \u00e0 partir de ce moment que se sont d\u00e9velopp\u00e9es les premi\u00e8res positions psychanalytiques de Josef Breuer et de Sigmund Freud, ce qui a conduit \u00e0 la formation d&rsquo;un mod\u00e8le psychodynamique de conversion en r\u00e9ponse au mod\u00e8le traumatique de dissociation (Ellenberger H.F., 2005).<\/p>\n<p>Freud, fondateur de la psychanalyse, a \u00e9tudi\u00e9 comment les \u00e9motions refoul\u00e9es et les conflits int\u00e9rieurs peuvent se manifester par des sympt\u00f4mes physiques. Il affirmait que les \u00e9tats psychiques ont une influence sur la sant\u00e9 physique, ce qui a constitu\u00e9 la base de recherches ult\u00e9rieures dans le domaine de la psychosomatique. Freud consid\u00e9rait que divers \u00e9carts par rapport au comportement habituel, tels que les lapsus, les oublis de mots et les mouvements involontaires, sont l\u2019expression de pens\u00e9es et d\u2019impulsions inconscientes. La psychanalyse, y compris l\u2019interpr\u00e9tation des r\u00eaves et l\u2019explication des \u00ab actes erron\u00e9s \u00bb, peut \u00eatre efficacement utilis\u00e9e pour le diagnostic et la th\u00e9rapie (Freud, S. The Psychopathology of Everyday Life, 1989).<\/p>\n<p>Entre 1930 et 1940, la m\u00e9decine psychosomatique a commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019imposer comme une discipline acad\u00e9mique \u00e0 part enti\u00e8re, qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 partir de la psychanalyse et de la psychiatrie, mais qui englobait \u00e9galement la m\u00e9decine interne.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1930, le psychoth\u00e9rapeute germano-am\u00e9ricain Franz Alexander a d\u00e9velopp\u00e9 le concept des \u00ab sept de Chicago \u00bb, en pr\u00e9sentant une liste de maladies li\u00e9es au stress qui devaient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es dans le contexte de la psychoth\u00e9rapie. Cette liste comprend : l\u2019asthme bronchique, la dermatite atopique, l&rsquo;hypertension, l&rsquo;ulc\u00e8re gastrique et du duod\u00e9num, la thyrotoxicose (hyperfonctionnement de la glande thyro\u00efde), la polyarthrite rhumato\u00efde et la colite ulc\u00e9reuse. Dans son ouvrage \u00ab M\u00e9decine psychosomatique : principes et applications \u00bb (Alexander F. G. B. Psychosomatic medicine, its principles and applications, 1950), Alexander souligne l\u2019importance du lien entre l\u2019\u00e9tat psychique et la sant\u00e9 physique, affirmant que de nombreuses maladies physiques peuvent \u00eatre caus\u00e9es par des facteurs psychologiques, tels que le stress et les conflits \u00e9motionnels.<\/p>\n<p>Alexander introduit le concept de m\u00e9decine psychosomatique, en mettant l&rsquo;accent sur le lien entre les aspects psychiques et physiques de la sant\u00e9. Il affirme que les \u00e9motions refoul\u00e9es et les conflits int\u00e9rieurs peuvent se manifester sous forme de sympt\u00f4mes physiques ; par exemple, le stress peut entra\u00eener des troubles digestifs ou des maladies cardiovasculaires. Comme solution, il propose des m\u00e9thodes de traitement int\u00e9gr\u00e9es, qui comprennent la psychoth\u00e9rapie, l&rsquo;apprentissage de la gestion du stress et un changement de mode de vie. Alexander estime que le travail sur les aspects \u00e9motionnels peut conduire \u00e0 une am\u00e9lioration de l&rsquo;\u00e9tat physique du patient. [4]<\/p>\n<p>Par la suite, le conditionnement classique et le conditionnement op\u00e9rant sont devenus les principales approches de la th\u00e9orie de l&rsquo;apprentissage comportemental appliqu\u00e9es aux probl\u00e8mes psychosomatiques. Dans ce contexte, les travaux de Neil E. Miller m\u00e9ritent une attention particuli\u00e8re ; dans ses recherches (Miller, N. E. Learning, Motivation, and Their Physiological Mechanisms, 2007), en collaboration avec d\u2019autres psychologues tels que J. Dollard et O. H. Maurer, s\u2019est efforc\u00e9 de d\u00e9velopper une op\u00e9rationnalisation th\u00e9orique et p\u00e9dagogique des concepts de la th\u00e9orie psychanalytique de la motivation et de l\u2019affect. Miller a \u00e9galement obtenu des r\u00e9sultats significatifs dans la compr\u00e9hension de la modifiabilit\u00e9 des fonctions physiologiques du syst\u00e8me nerveux autonome \u00e0 l\u2019aide de la technologie du biofeedback.<\/p>\n<p>Ainsi, les travaux d\u2019Alexander et de Miller ont jet\u00e9 les bases de recherches ult\u00e9rieures dans le domaine de la psychosomatique, soulignant l\u2019importance de l\u2019int\u00e9gration des aspects psychologiques et physiologiques dans le traitement des maladies. [4]<\/p>\n<p>Au fil du temps, la m\u00e9decine psychosomatique s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e, s&rsquo;enrichissant de nouvelles id\u00e9es et de nouveaux concepts. L&rsquo;une des figures cl\u00e9s de ce processus fut le psychiatre allemand Fritz Perls, fondateur de la th\u00e9rapie gestaltiste. Il soulignait l&rsquo;importance de la prise de conscience de ses \u00e9motions et de leur r\u00f4le dans l&rsquo;apparition de troubles physiques. Ses travaux ont pos\u00e9 les bases de l&rsquo;id\u00e9e selon laquelle ignorer ou r\u00e9primer ses sentiments peut conduire \u00e0 des manifestations somatiques (Perls, F. S. L&rsquo;ego, la faim et l&rsquo;agressivit\u00e9 \/ Trad. de l&rsquo;angl. M. : Smysl, 2000. \u2014 358 p. ; Perls, F. S. Gestalt therapy: excitement and growth in the human personality. Gestalt therapy \/ F. S. Perls, R. Hefferline, P. Goodman \u2013 Highland, NY : Gestalt Journal Press, 1994. \u2013 481 p. \u2013 ISBN 978-0-939266-24-1).<\/p>\n<p>Les travaux de Hans Selye, qui a d\u00e9couvert le concept du syndrome g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;adaptation (Selye, H. (1953). Einf\u00fchrung in die Lehre vom Adaptationssyndrom. Stuttgart : Thieme), ont jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant dans le d\u00e9veloppement ult\u00e9rieur de cette approche. Selye a d\u00e9crit un mod\u00e8le biologiquement homog\u00e8ne de r\u00e9action aux facteurs de stress psychosociaux et somatiques, en identifiant les \u00e9tapes typiques de l&rsquo;adaptation psychosomatique. Il a \u00e9galement mis en relation les voies de m\u00e9diation physiologique, ce qui a contribu\u00e9 \u00e0 la compr\u00e9hension de la gen\u00e8se des troubles fonctionnels et des l\u00e9sions structurelles des organes dans le contexte de la dimension temporelle de leur d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1950 et 1960, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour la psychosomatique a continu\u00e9 de cro\u00eetre. Les recherches dans ce domaine ont commenc\u00e9 \u00e0 s&rsquo;appuyer sur des donn\u00e9es scientifiques, ce qui a favoris\u00e9 l&rsquo;\u00e9mergence de nouvelles m\u00e9thodes de diagnostic et de traitement. \u00c0 cette \u00e9poque, de nombreuses \u00e9tudes ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es, confirmant le lien entre le stress, les \u00e9motions et la sant\u00e9 physique. [4]<\/p>\n<p>En particulier, dans les ann\u00e9es 1950, les cardiologues Friedman et Rosenman ont d\u00e9couvert un lien entre les facteurs comportementaux et le risque de cardiopathie isch\u00e9mique, cr\u00e9ant ainsi le concept du comportement de type A, qui englobe un style comportemental et des \u00e9motions n\u00e9gatives. Cette d\u00e9couverte a servi de base \u00e0 des recherches syst\u00e9matiques et scientifiquement fond\u00e9es dans le domaine de la m\u00e9decine psychosomatique, modifiant ainsi l&rsquo;approche visant \u00e0 comprendre le r\u00f4le des facteurs psychologiques et comportementaux dans le d\u00e9veloppement des maladies somatiques. Depuis lors, les donn\u00e9es empiriques associent syst\u00e9matiquement les \u00e9motions n\u00e9gatives, telles que la col\u00e8re, l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, la d\u00e9pression et l&rsquo;hostilit\u00e9, \u00e0 des cons\u00e9quences n\u00e9fastes pour la sant\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral, et pas seulement aux maladies cardiovasculaires (Keltikangas-J\u00e4rvinen L. Reinforcement Sensitivity Theory and psychosomatic medicine. In: Corr PJ, \u00e9d. The Reinforcement Sensitivity Theory of Personality. Cambridge : Cambridge University Press ; 2008. p. 345\u201359).<\/p>\n<p>En 1959, G.L. Myers notait : \u00ab La m\u00e9decine psychosomatique est une approche du probl\u00e8me de la sant\u00e9 et de la maladie. Cette approche vise \u00e0 appliquer la meilleure et la plus moderne des compr\u00e9hensions psychodynamiques des fonctions de la personnalit\u00e9 humaine \u00e0 toutes les \u00e9tapes de la pratique m\u00e9dicale, du diagnostic, de la th\u00e9rapie et de la recherche \u00bb (H.L. Meyers, The Theory of Practice of Mental Health Consultation, 1970).<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1980, la m\u00e9decine psychosomatique \u00e9tait devenue partie int\u00e9grante de la pratique clinique. Les m\u00e9decins ont commenc\u00e9 \u00e0 prendre conscience que le traitement des maladies ne pouvait \u00eatre complet sans tenir compte de l&rsquo;\u00e9tat psycho-\u00e9motionnel du patient. De nouvelles approches ont vu le jour, telles que la th\u00e9rapie cognitivo-comportementale et les techniques de relaxation, qui ont \u00e9t\u00e9 mises en \u0153uvre pour traiter les troubles psychosomatiques.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, au XXIe si\u00e8cle, la m\u00e9decine psychosomatique continue de se d\u00e9velopper. Les recherches en neurobiologie, en psychologie et en m\u00e9decine ouvrent de nouveaux horizons pour comprendre les liens entre le psychisme et le corps. Les scientifiques d&rsquo;aujourd&rsquo;hui \u00e9tudient comment les r\u00e9actions au stress et les \u00e9tats \u00e9motionnels influencent le syst\u00e8me immunitaire et peuvent entra\u00eener diverses maladies. La m\u00e9decine psychosomatique prend de plus en plus d&rsquo;importance dans le cadre de la m\u00e9decine int\u00e9grative, qui combine les m\u00e9thodes de traitement traditionnelles avec la psychoth\u00e9rapie, le yoga, la m\u00e9ditation et d&rsquo;autres approches alternatives. Cela souligne l&rsquo;importance d&rsquo;une approche holistique de la sant\u00e9, tenant compte \u00e0 la fois des aspects physiques et psycho-\u00e9motionnels. (3).<\/p>\n<p>Les concepts fondamentaux pos\u00e9s par les pionniers de ce domaine continuent d&rsquo;inspirer les chercheurs et les m\u00e9decins d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, ouvrant de nouveaux horizons pour le diagnostic et le traitement. La psychosomatique, en tant que partie int\u00e9grante de la pratique m\u00e9dicale, nous rappelle que la sant\u00e9 n&rsquo;est pas seulement l&rsquo;absence de maladie, mais aussi l&rsquo;harmonie entre le corps et l&rsquo;esprit. (3)<\/p>\n<p>Ainsi, le d\u00e9veloppement de la m\u00e9decine psychosomatique refl\u00e8te l&rsquo;int\u00e9gration des aspects psychologiques dans la compr\u00e9hension de la sant\u00e9 et des maladies, ce qui ouvre de nouveaux horizons pour le diagnostic et le traitement des patients.<\/p>\n<p><b><strong>Bibliographie<\/strong><\/b><\/p>\n<p>1. Zeigarnik B.V. Pathopsychologie : Manuel. \u2014 2e \u00e9d. \u2014 Moscou : Centre d&rsquo;\u00e9dition \u00ab Acad\u00e9mie \u00bb, 2000. \u2014 208 p.<\/p>\n<p>2. Kannabikh Yu. Histoire de la psychiatrie : pr\u00e9face de Gannushkina V.V., \u2014 Moscou : CTR MGP VOS, 1994. \u2014 525 p.<\/p>\n<p>3. Kovalenko N.P. Th\u00e9rapie des ressources : Saint-P\u00e9tersbourg. \u2014 Petropolis, 2023, \u2014 265 p.<\/p>\n<p>4. Partsernyak S.A. Psychosomatique. Stress et v\u00e9g\u00e9toses. \u2014 Saint-P\u00e9tersbourg : A.V.K., 2002. \u2014 384 p.<\/p>\n<p>5. Psychosomatique. Interd\u00e9pendance entre psychisme et sant\u00e9 : Recueil \/ comp. Selchenok. \u2014 Moscou : AST, Minsk : Harvest, 2005. \u2014 640 p.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>M. Filyayev \u2014 (Grand-doctorant en psychologie), auteur de la m\u00e9thode PSY.2.0. 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